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Minima salariaux : les Bureaux d’Etudes décrochent

La CFDT exprime sa profonde déception face à l’échec des négociations sur les salaires minima conventionnels dans la branche des Bureaux d’études techniques, des cabinets d’ingénieurs-conseils et des sociétés de conseil (BETIC dite Syntec), dont Capgemini fait partie.

Le cœur du problème réside dans le fait que la grille de classification salariale de cette branche a perdu sa cohérence, car elle ne parvient plus à refléter les différences de compétences, d’expérience ou de responsabilités entre les salariés.

Depuis plusieurs années, les revalorisations successives du SMIC ont mécaniquement tiré vers le haut les salaires des niveaux les plus bas de la grille, obligeant les partenaires sociaux à effectuer des ajustements minimaux pour rester juste au-dessus du salaire minimum légal. Pendant ce temps, les niveaux supérieurs, comme ceux des ingénieurs ou des cadres, ont vu leurs salaires stagner ou progresser de manière insuffisante.

Résultat : les écarts entre les différents niveaux se réduisent, ce qui rend la grille inéquitable et déconnectée de la réalité des qualifications.

La CFDT a tenté d’alerter les organisations patronales de la branche en s’appuyant sur des analyses économiques et statistiques solides, mettant en évidence une hausse du SMIC de 5,6 % depuis le dernier accord, une inflation persistante qui érode le pouvoir d’achat, et un décrochage progressif des minima conventionnels, notamment pour les classifications intermédiaires et supérieures. Pourtant, les employeurs ont choisi d’ignorer ces constats et se sont contentés de négocier le strict minimum : maintenir le premier niveau de la grille juste au-dessus du SMIC, sans se soucier de rééquilibrer l’ensemble des classifications.

Cette approche réductrice et court-termiste pose un risque majeur pour l’attractivité de toute la branche. Dans un secteur déjà confronté à des difficultés de recrutement et de fidélisation des talents, une grille salariale qui ne reconnaît plus les compétences et l’expérience affaiblit la crédibilité de la convention collective. À terme, cela pourrait décourager les salariés qualifiés et nuire à la compétitivité des entreprises comme Capgemini, qui peinent déjà à retenir leurs meilleurs éléments.

Chez Capgemini, les conséquences sont directes. Les salariés des niveaux inférieurs voient leurs salaires mécaniquement ajustés pour rester au-dessus du SMIC (la grille Capgemini étant calquée sur la grille BETIC mais seulement légèrement plus favorable). Certes cela ne touche que très peu de salariés de l’entreprise mais les niveaux intermédiaires et supérieurs subissent également, de part cette stagnation de la grille, un tassement relatif de leurs rémunérations, ce qui peut froisser les plus expérimentés et inciter à la mobilité externe. Dans un marché du travail tendu, où les compétences techniques et managériales sont fortement recherchées, une telle situation pourrait aggraver le turnover et compliquer les recrutements.

Pour la CFDT, il est urgent de repenser en profondeur la grille de classification afin qu’elle retrouve son rôle premier : reconnaître et valoriser les compétences, l’expérience et les responsabilités. Sans cela, la convention collective risque de devenir un simple outil de rattrapage du SMIC, vidé de sa substance et de son utilité pour les salariés comme pour les employeurs.